concours, première et dernière
La déception et l'énervement suscité par la réponse négative à mon 1er tour du concours de la classe libre a donné ça, griffonné frénétiquement sur mon petit cahier :
Récite un article, interprète un texte, 3 questions et à dégager. S'il ne m'a rien demandé d'autre, c'est pas parce qu'il était à la bourre. "Il paraît qu'on voit ceux qui vont l'avoir tout de suite". OK, j'ai pas le profil. Je suis conne mais ça je comprends. Est-ce que j'aurai un jour "le profil", la gueule qui va bien ? J'en doute. Connement, j'espérais. Il a fallu un tiers pour me dire que je me prenais la tête, avec ma jupe et mes talons qui me donnaient un air franchement con. Je me suis dit que peut-être cette fausse blondasse jouait mal en plus d'avoir une beauté froide et fade. Quelle niaise, c'est plutôt moi qui suis moche et mauvaise. En un regard, comme ça là kash sans réfléchir en me regardant : OUI ou NON ? Non. Merde. Que faire ? Comment réagir ? En colère contre lui, contre moi, contre ce système qui va finir par tous nous enculer...
Tous les mots ont-il le droit légitime d'être portés sur scène ? Où trouver la limite de ce qu'on peut montrer et jouer ? Faut-il la trouver chez le spectateur ou dans le texte ? Tous les corps ont-ils droit au privilège de dire des mots sur une scène, même quand ils ne savent pas le faire ? Si des mots sonnent faux, la faute revient-elle au spectateur d'être venu ou au comédien d'être mauvais ? La médiocrité d'un comédien qui fait passer un mauvais moment est-elle une faute pardonnable ? Est-ce possible de ne pas se laisser grignotter, bouffer, sucer, engloutir par un système ? Faut-il écouter le regard habitué ou le regard spontané ?
"Saches porter ta croix, aies la foi. J'ai la foi, je souffre moins, et quand je pense à ma vocation, je n'ai plus peur de la vie." Nina, La Mouette, acte IV. De : Anton Tchekov.