passé passé passé
On lit la mouette de Tchékov. Elle écoute d'une oreille. Les sourcils froncés, les yeux sur le sol et les tempes vibrantes, le regard fixe et l'ouïe tendue, elle regarde les images, précieusement gardées en mémoire, de cette scène. A-t-elle déjà porté ces mots ? Les a-t-elle déjà entendu parfaitement justement bien dits ? Les a-t-elle déjà vécu ? Un regard qui s'arrête, un visage qui s'anime de l'intérieur, un battement de coeur qui s'accélère à peine perceptiblement...
puis
Une sorte de cave chaleureuse. Quelques tables, quelques chaises, un espace scénique de 2m sur 3 à tout casser, avec un piano d'étude à cour, qui ne sert pas. Un homme avec une tête de mort énorme, un fume cigarette et une canne, habillé en noir : Maldoror. Un texte d'une violence inouïe dit par des comédiens qui jonglent avec les mots MORT POTENCE INNOCENCE SANG PUDEUR VIOL... les pires sont dans ces points de suspension. Serrer les dents. Des souvenirs remontent par vagues, sans cesse, relancés par les phrases qui m'arrivent comme des chars d'assaut par tous mes orifices faisant de leur sillon un champ de ruine à l'odeur amère de carnage. Serrer les dents serrer les fesses. Thibaud et Charles. Serrer les dents serrer les fesses fermer les yeux. Les moments de délivrances sont les sursauts grâce aux coups de feu, et les rires à la toute fin : Maldoror se plaint que la terre ne soit pas un immense anus. J'AI MAL !
Petit bonhomme s'est endormi, comme une pomme, on t'a cueilli... ta tête penche, est-ce pour me voir? Au loin balance la corde noire... MF.
Je ne supporte plus la violence, je ne sais pas pourquoi. Peut-être le fait de vivre un changement radical dans ma vie, me rendant plus sensible... J'en sais rien. Mais c'est fatiguant de ne pas pouvoir regarder quelque chose sans en être complètement bouleversée. C'est usant. Certains ont de la corne au coeur, ce qui permet d'avoir une protection, même fragile. Mais moi j'ai rien. Ni corne ni bouclier. Un coeur de nouveau né. Mes souvenirs douloureux me hantent comme des fantômes mal cachés par les toiles d'araignées pousiérieuses de ma mémoire...