le soleil dort encore et moi aussi
Il est 7h30, ligne 10 direction gare d'Austerlitz. Je monte dans le 3° wagon. Nous sommes 4 corps humains flottants en tentative de réveil progressif dans cet espace gris et bleu.
Deux sont derrière moi, je n'ai pas le courage de me retourner pour les regarder. Un homme est assis au fond. Il a les yeux rouges et fixes, aussi peu en éveil que son esprit. Il est occupé à fouiller sa bouche à l'aide de sa langue, afin d'avaler les morceux de pain ou de céréales encore coincés sur ou entre ses dents. Il ne s'est pas brossé les dents ce matin. Il ne se les brosse probablement jamais le matin, parce que son programme au réveil est exactement réglé à la minute près (afin de dormir le plus possible), et qu'il met toujours 3 minutes à se lever au lieu d'une seule. Un Sudoku dépasse de sa poche gauche. Il va surement s'y atteller à la station Odéon, quand la foule viendra le bousculer et le sortir enfin de son rêve.
Le garçon d'une douzaine d'années lit un roman. Il a un sac sur les genoux, un bon imperméable et un bonnet sur la tête. Il a des tâches de rousseur. Il est très concentré sur sa lecture, et, sans arrêter de filer les lignes avec les yeux, glisse son index droit dans sa narine droite pour en extraire le liquide qui a séché pendant la nuit. Il fait de même avec le pouce dans sa narine gauche, puis recommence sans relever les yeux. A Jussieu, il se lève et part comme un bolide jusqu'à l'extérieur, il est à la bourre (moi aussi).