le don du saaaang
J'étais à peine arrivée à Bordeaux que ma soeur aînée me balance, dans la voiture "Dis demain on va donner notre sang avec Galou tu viens avecc nous?" J'ai accepté presque tout de suite, après avoir compté approximativement le nombre de mois écoulés depuis le dernier don.
J'y étais allée seule, à Paris. C'était sur le parvis de la fac, dans des camions spéciaux. Je me souviens très bien l'angoisse que c'était, de donner un bout de ce qui me fait vivre à quelqu'un que je ne connais pas.
Donner son sang, c'est quand même quelque chose d'important, de symbolique, et la première fois n'est pas facile. J'avais pensé très fort à Anne-So, qui était déjà à l'hôpital depuis un ou deux mois, quand l'aiguille remplissait une poche qui se balançait d'avant en arrière, réglièrement. J'avais bien déjeuné avant, plein de vitamines et tout et tout, et n'avais pas perdu une miette de ce qui s'était passé entre mon corps et la poche de sang. Je me disais c'est pour elle, si ça se trouve, c'est pour elle...
Après une petite poche remplie ~ il y a plusieurs tailles ~ et quelques instants d'attente, l'infirmière m'avait demandé si ça allait. Oui, ça allait, bien sur. Je me suis assise, j'ai poussé sur mes jambes pour me mettre debout et suis retombée aussitôt sur le fauteuil avec des vertiges et des zoziaux qui tournicottaient au plafond. L'infirmière me rallonge et me colle une brique de jus d'orange entre les dents "Attendez encore restez tranquille". J'ai mangé comme dix une fois la position verticale retrouvée, et suis partie travailler à la bibliothèque. J'ai eu les jambes tremblantes et des étourdissements pendant toute l'après-midi, alors que normalement en 2 heures il n'y paraît plus.
Ce matin donc, me voilà prenant un petit déjeuner conséquent ~ bah oui quoi, faut bien se nourrir pour la prise de sang! ~, suivi d'un moment de glandouille sympathique entre la douche et le jardin. On arrive au CHU Pèlegrin à Bordeaux, petits papiers, et attente. Les trois nénettes pas très rassurées se mettent à dire des conneries et rire bêtement aux blagues pas drôles de chacune. Par exemple :
- Ah... mais attends j'ai que dix euros sur moi et j'en ai besoin pour demain ~ elle parlait d'un éventuel goûter en ville ~
- Quoi? Faut payer pour filer son sang?? Depuis quand? ~ comme toujours Marionette à côté de la plaque... ~
- Ouais tu payes, et si t'as pas assez pour la poche ET la piqûre, t'as droit qu'à la piqûre. Mais t'en fais ce que tu veux, après... ~ grimace sadique ~
- Ca serait quand même plus simple, moins long et moins douloureux ~ hum ~ de faire un grand SCRATCH ~ geste du bras, désignant un couteau, allant de gauche à droite sur la zone du ventre ~ et de recoudre après...
- Arrrrrrêtes p*tain tu sais bien que j'ai horreur de ça! Les atrocités si c'est pas moi qui les dit je les supporte pas!
S'ensuit ensuite le questionnaire OUI/NON à remplir, parsemé de bêtises du genre
- Alleeeez euuuh copie paaas!
- Mais t'as répondu quoi à ça?
- T'es con t'es pas sous tutelle
- Ah bon ok...
Quelques fous rires, nerveux bien sur, puis visite avec le médecin. Lui il est gentil, il a des cheveux blancs, un grand sourire chaleureux et des grosses mains. Pas comme celui de la fac à Paris... Je lui dit que j'ai été en contact avec Anne-Sophie hier, parce que peut-être que c'est important on sait jamais. Il me dit qu'il a vu son greffon passer et qu'il a entendu parler d'elle, enfin, de son dossier. Il faudra que je lui raconte quand je reviendrai, qu'elle est connue jusqu'à Bordeaux, c'est la classe!... J'ai eu raison de lui en parler, me dit-il.
L'infirmière aux cheveux courts est pas aimable. Elle mérite des claques. Ils se plaignent de pas avoir assez de monde et elle, elle est même pas foutue d'être aimable avec ceux qui se bougent le cul. Veux me faire piquer au bras droit, pas au gauche, merde. Avec le gauche, j'écris, alors j'en ai besoin. Aaaaaah mais!
Je file mon sang, pose deux trois questions à l'infirmière qui m'a mis une petite poche ~ j'avais l'air si peu rassurée et/ou fébrile que ça? ~. Ma soeur fait chier le monde avec ses veines qui se planquent dès qu'il s'agit de les transformer en passoire. Les infirmières mettent 10 mn à trouver la bonne et à la percer. On termine, je me sens bien pendant un petit moment. Je regarde le plafond, j'ai des vertiges alors je me redresse pas. Je balance à Galou "dis cocotte t'as tout débronzé là, si tu te voyais, t'es blanche comme un c*l!" et vas-y qu'on se marre. Elle répond "t'es verdâââtre j'te signale alors fais pas ta maligne". OK ça va j'insiste pas... on est allées manger quelques trucs déééégueu à la restauration avant de partir.
Voilà à quoi ressemble ma furieuse plaie :
Les pauv'malades, si en plus d'être enfermés H24 dans une chambre toute blanche qui pue, ils ont cette bouffe... je comprends leurs chutes de moral...
Petite pensée pour Anne So, qui ne va pas bien du tout.