l'oncle Robert

Publié le par Marionette

Mon grand-oncle Robert, l'oncle de ma mère, est mort. Je ne le connaissais pas trop, mais comme son enterrement était à Paris, j'ai dit à maman que je l'accompagnerai. Il était vieux et malade depuis longtemps, sa mort est plutôt arrivée comme une délivrance et un soulagement, notament pour sa femme qui n'en pouvait plus de le voir souffrir.

La messe était mardi matin dans une belle église du 16° arrondissement.
En arrivant, j'ai vu d'abord des cousins et des oncles et tantes que je suis allée saluer, puis le frère de ma mère, Vincent, est arrivé avec sa femme. Depuis que je suis née, il a pris l'habitude de ne jamais me dire bonjour autrement que par une crasse ~ et de continuer toute la "discussion" de cette façon ~. Mardi, c'était "Alors la starlette, qu'est-ce que tu fous là ? ~ il se tourne vers son cousin ~ Tu sais qu'elle a fait la pub cochonou, elle était magnifique avec son tablier rouge et son bêret. Hein ? Hein ?". J'aurais aimé lui sortir une bonne réplique bien sentie, et d'ailleurs j'en ai plein qui me viennent, mais sur le coup je n'ai pu lui répondre que par un regard. Un regard noir furieux. J'ai répondu "Tu crois que c'est vraiment le bon jour pour te payer ma tronche ? T'aurais pas pu choisir un autre moment ?" Il m'a baragouiné un "Ah, c'est bête hein, aujourd'hui t'as pas le droit de me taper...". J'en revenais pas. Mais quel crétin! Il a rien trouvé de mieux que de me faire chier avant la messe d'enterrement de son oncle ou je rêve ? Navrée, je suis allée discuter avec une autre cousine et dire bonjour à mes grands-parents préférés.

Pendant la messe, j'étais entre ma mère et ma grand-mère. Les chants grégoriens aux mélodies biscornues étaient horribles tellement tout le monde était largué et chantait mal du coup. Mais passons. Un ami de l'oncle Robert ~ c'est marrant d'avoir un oncle qui s'appelle s'appellait Robert... ~ a fait un discours d'adieu. Il a parlé de son parcours professionnel et de thunes, je me suis surprise à penser qu'il aurait pu s'abstenir. Il s'est adressé à son petit-fils et a dit quelques mots qui m'ont touché en plein coeur. Il parlait de la nécessité d'avoir des grand-parents. J'ai pleuré. J'ai regardé ma grand mère qui pleurait également, mon grand père droit devant sa chaise, trop droit.

Mes grand-parents maternel ne m'ont jamais raconté leurs aventures de voyages, ni d'histoires à moitié inventées sur des rencontres extra-terrestres ou extra-gallactiques. Mais je me souviens d'heures passées, allongée à côté de lui, quand il nous lisait de dizaines de livres à la suite les uns des autres, ou au pied de son lit à faire des puzzles sous son oeil bienveillant, ou encore de "kidnapping de grand-père" pour l'emmener avec nous dans les grandes vagues, malgré l'interdiction formelle de grand-mère. Elle, jamais rien, si ce n'est des bisous où notre joue se cognait contre la sienne, des caresses inexistantes sous forme de tapes, des réprimandes affectueuses au goût de colère. Mais là, juste à côté de moi, quand l'ami a dit ces mots, elle pleurait. J'aurais voulu la prendre dans mes bras, la serrer fort pour lui dire que je l'aimais quand même, malgré elle et malgré moi, ou juste lui prendre la main pour lui dire que j'étais là, moi, avec elle, pour une fois, et que j'avais assez de force pour deux si jamais elle tombait.
Mais je n'ai pas bougé. Elle avait les bras croisés, fortement noués entre eux. Elle a du prendre mes regards pour de l'indiscretion alors que je cherchais juste le sien...

Publicité

Publié dans mais que m'arrive-t-il

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Il est très beau ce texte Marionette et c'est vrai que c'est rigolo d'avoir quelqu'un dans sa famille qui s'appell(ait)e Robert. BOB. Un peu comme si tu étais parente avec de Niro finalement...Les enterrements c'est bizarre, tiens ç me donne une idée de billet. Je t'embrasse jeune fille intelligente (et sensible et qui écrit bien : ne rougis pas, je le pense)...
Répondre
M
On l'appellait Bob oui... parente avec de Niro ? Mmmm... non merci. Un comédien de la comédie française porte mon nom, mais ce n'est pas mon cousin... dommage.Merci, merci et encore merci.
M
J'ai déjà assisté à beaucoup d'enterrements vu mon grand âge mais aussi une famille disons, un peu éprouvée ...<br /> Je pourrais écrire un livre sur ces moments ...<br /> Pour l'anedocte, et ainsi désolée de parler de moi, lorsque je vais à un enterrement, alors que j'ai à peine pris place dans l'église, j'ai déjà consommé un paquet de kleenex ...<br /> Je pleure à chaudes larmes quasiment non-stop, je n'arrive pas à m'arrêter ... j'ai déjà essayé de réfléchir, pourquoi une telle émotivité ??? J'ai l'impression, mais c'est un peut-être ... que toutes mes souffrances à moi REMONTENT !!!<br /> Marionette, concernant ce charmant frère de ta maman, dis toi que toutes les familless en produisent des comme ça !!!<br /> Moi c'est un de mes beaux-frères qui est du genre, et je t'assure que je me fais un plaisir de lui rabattre le quaquet (oh là là il est de quel origine ce mot ??? je suis multiculture moi !!!), bref de lui clouer le bec, ça tout le monde comprendra !!!<br /> Je t'embrasse.<br /> Marie.<br />  <br />  
Répondre
M
Pour ce qui est des larmes, tu as sans doute raison... je me souviens d'un jour où je ne me suis pas arrêtée...Quand je suis retournée sur la tombe de ma grand mère, aussi, 5 ans après son décès. Ca a été terrible."Rabattre le quaquet", je connais l'expression! Quant à savoir d'où ça vient...!!!La bise Marie!
J
Je suis allée une seule fois à un enterrement, celui de mon grand père, j'en garde un très mauvais souvenir, je devais avoir 13 ans mais quand même je pense que j'étais trop petite pour y aller. Je m'en souviens tellement bien de tous les détails qu'en y repenssant ca ressemble plus à un traumatisme.
Répondre
M
Celui de ma grand-mère aussi a eu lieu quand j'étais encore jeune. Comme toi je me souviens de beaucoup de choses, mais je l'ai plus vécu comme un passage obligé qu'un traumatisme. J'avais besoin de voir le cercueil et de deviner le corps à l'intérieur pour commencer mon deuil.Après, je comprends que ça puisse traumatiser, et je suis désolée que ça ait été le cas pour toi...