la ptite Marylin en chambre stérile
Necker. Une chapelle plutôt laide abritant un crucifix à son image, des gens sombres sur ses bancs et un hôtel lumineux... On me tend une feuille à mon premier pied posé dans la chapelle : "voulez-vous dire des intentions de prière?" Moi qui ne suis pas allée dans une église depuis Noël ~ et encore c'était pour faire plaisir à papa maman ~, on me demande de lire quelque chose dont je ne connais absolument pas la teneur, sans me dire quand il faudra le faire, et alors que je suis entourée de gens dont je n'ai absolument aucune envie de perturber la pensée. Je refuse en m'excusant. Je vais m'assoir, les gens chantent. Mon voisin doit avoir mon âge, son pantalon est décoré à coups de peinture, il est maladroit, chante faux, sent la bienveillance et l'espoir. Sur le papier cadeau de la boîte qui est à ses pieds, il est écrit "Pour Anne Sophie et Jean Charles".
Ses parents sont assis au premier rang à droite, et une tête blonde apparaît entre leurs épaules. "HEIN ?! C'EST CE PETIT BOUT DE BONHOMME SON FRERE ??" Ce frère qui lui donne sa moëlle osseuse, qui, si jeune, prend ça comme un coup de matraque dans le dos et garde la tête haute... je m'attendais à trouver un grand gaillard mais j'ai devant moi un Petit Prince tout frêle, souriant aux grand-mères qui posent toutes les mêmes questions, câlinant et embrassant son père qui fait une crise de sanglots et sa mère qui pleure. Et dire que c'est lui qui porte la famille à bouts de bras... il risque d'en garder un solide mal au dos.
Son père ne peut pas contenir la fierté qu'il a de sa fille, il me raconte toutes les choses merveilleuses qu'elle a faite, toutes celles qu'elle pourrait être en train de faire, et toutes celles qu'elle fera aussitôt sortie de cet enfer blanc reluisant.
J'ai beaucoup de peine ce soir. Je lui téléphonerai demain.