Borges + Goya

Publié le par Marionette

Ce soir, je suis allée voir ça. Au théâtre de la cité internationnale. Texte et mise en scène de Rodrigo Garcia, avec Juan Loriente et Nicolas Bouchaud. Les vidéos sont faites par Javier Marquerie, et par Rodrigo Garcia.


De la musique d'ambiance. On m'avait dit que ce serait violent...
Le noir se fait. Une musique un peu plus glauque, bizarre, remplace la première.

La première vidéo montre gens dans la rue, une révolution sans doute, puis un chien en plastique qui hoche de la tête, puis une scène pornographique, puis des images de bouchers hachant la viande... et j'en passe. Ca commence bien, j'ai peur pour la suite. Tengo miedo. Un homme bleu avec les cheveux et les lèvres rouges, des oreilles de lutin et des doigts aux ongles gigantesques, fin, avec une pomme dans la main gauche entre sur scène et s'assied pour regarder la vidéo, dos au public et se lève à la fin. Il parle en espagnol. C'est l'histoire d'une frustration : Un jeune homme a attendu 4 ans de pouvoir poser sa question au célèbre Borges. Il est à la conférence devant 3000 personnes et toutes les télés, pose sa question, et ne comprend pas la réponse par manque de vocabulaire. Jusqu'où peut nous amener un sentiment de frustration? Tout est dit très lentement, sous-titré en français sur l'écran de fond de scène, lui en équilibre sur ses pointes de pieds dans une position... bizarre. Son corps est dans une position anti-naturelle, très inconfortable et sujette à des crampes abominables j'en suis sure.
L'abrutissement dû au contexte : sa position, son costume, l'herbe parterre, le vaporisateur dans une main la pomme rouge brillante dans l'autre... j'en connais un qui a fumé avant de faire sa mise en scène.
La contraction de tous nos muscles : son discours est dur, mais personne dans la salle ne peut nier avoir déjà ressenti ce qu'il raconte. Qu'est-ce que l'infamie ?
La captivation qu'exerce sur nous cet être venu de nulle part, anti-humain et pourtant si homme dans ce qu'il raconte.
"Va te faire enculer chez les aveugles" : il n'a jamais osé le dire (le garçon de l'histoire) et pourtant il l'AIME, cette phrase, ce gong.

Il sort, d'un pas aussi lent et aussi tonique que son arrivée ~ aussi contradictoire que cela puisse paraître ~.

Noir, la deuxième vidéo se met en marche. Des gens sur un terrain vague ou un pré, creusent, encore et encore, avec rage, avec peur, avec colère. Des coups de batte dans l'air, à l'aveuglette, des yeux horrifiés, des visages contractés, des états de choc... mais on ne voit pas l'ennemi. Invisible ? Immatériel ? La solitude peut-être ? A moins que ce ne soit l'ennui ? Ces images sur une musique infernale, stridente, des ultra-sons qui m'explosent les oreilles et résonnent dans ma tête, une envie de partir... allez raz-le-bol là ça va bien un moment mais LA FAUDRAIT QUE CA S'ARREEEEEEETE!!!!!! Non, encore. C'est interminable, tellement long... toujours les mêmes images, les mêmes gens, les mêmes expressions, les mêmes sons, le même mal.
Stop. Lumière. Entre sur une musique disco... un nounours géant aux couleurs du club Atletico de Madrid qui danse. Il a 4000€ dans sa poche, ses deux gosses sous le bras, et ne va pas céder à leur envie ~ aller à Disneyland ~. Il veut payer un philosophe pour qu'il passe la nuit avec eux trois : aller au musée Prado avec un sac plein de coc', casser une vitre, et y rester toute la nuit pour regarder du Goya : "Je préfère que ce soit Goya qui m'empêche de dormir plutôt que n'importe quel fils de pute.". C'est grossier, il postillonne son sandwich sur le premier rang, il boit de la bière et raconte.

Noir. Applaudissements. Je suis complètement sonnée.


Est-ce que quelqu'un peut me dire comment je m'apelle s'il vous plaît ?

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Publié dans pièces de theatre

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E
Lol ^^ ça m'a fait bien rire même si j'imagine que c'était pas marrant du tout. Mais tu vois j'étais solidaire de toi sans le savoir, mardi soir j'ai vu La reconstitution historique à la Bastille; n'y va pas, pendant une heure c'est un mec qui lit un texte et derrière un type qui tape sur un truc électrique qui fait un bruit de caisse. Voilà. Avec, de temps en temps, trois notes de guitare hyper répétitives et qui deviennent réellement ENVAHISSANTES parce qu'elles se répètent pendant de trèèès longues minutes. Bref, c'était space et j'ai failli m'endormir... le plus étrange, c'est que le public avait l'air de trouver ça normal ^^        
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M
Je vois... rah c'est rageant de ne pas se sentir "dans le trip"! On sait qu'on passe à côté de quelque chose, mais on ne peut rien faire. Quelle frustration! Bon, et bien voilà, nous sommes solidaires par télépathie inconsciente, faut l'savoir... (je suis contente de te retrouver dans mon grenier mimzelle)