Les éléphants
KENT COKENSTOCK
Une nuit dans un rêve, j'ai vu ce qu'est la vie
Un chemin dans la savane sous un ciel insoumis
Jalonné de boutique où derrière des vitrines
Brillent des porcelaines ornées d'opaline
Belles porcelaines aux tendres harmonies,
Vases délicats de promesses serties,
Que deux éléphants, cherchant à se rejoindre,
Brisent en morceaux en tentant de s'étreindre
Se sont nos amours ces vases en équilibre,
Entre la passion et l'envie d'être libre,
Nous les éléphants maladroits empotés,
Traversons des vies jonchées de pots cassés.
Moi qui suis jeune à voir, qui suis jeune à vivre,
Qui veux des lendemains en peinture naïve
Comment puis-je bien croire que sous mon épiderme
Se cache le coeur lourd d'un pauvre pachyderme
Triste Pachyderme qui remue de la tête
En pleurant le vase qu'il a réduit en miette
Ces trop grosses pâtes cherchent à recoller
En le caressant, le beau vase brisé
Se sont nos amours ces vases en équilibre,
Entre la passion et l'envie d'être libre,
Nous les éléphants maladroits empotés,
Traversons des vies jonchées de pots cassés.
Et pourtant je connais bien des pièces de musée,
Qui durent toute une vie sans même s'ébrécher
Certains éléphants disent « y'a pas de mystère »
Un vase aussi parfait, ça sent le faussaire
Pour un coup de coeur devenu coup de tête,
L'objet de valeur passe par la fenêtre,
Brisé le ménage au pieds d'une table rase
Mort à la brocante le plus joli des vases
Ce sont nos amours ces vases en équilibre,
Entre la passion et l'envie d'être libre,
Nous les éléphants maladroits empotés,
Traversons des vies jonchées de pots cassés.