Un départ, oui mais lequel ?
Le vieil homme qui cirait ses chaussures tous les matins sur le rebord de sa fenêtre n'est plus là. L'autre jour, je me suis faite réveillée par les ouvriers ~ ici, façon d'appeller les gens qui font des travaux, on ne sait jamais pourquoi, on ne sait jamais où, on ne sait jamais avec quoi, dans un des quatre immeubles qui entourent la cour divisée en 4, et ce avec beaucoup de bruit, tout au long de la journée et pendant une longue période ~ qui bossaient en face. Un peu agacée, j'ai ouvert mes volets, pour constater que l'appartement du vieil homme vomissait de la fumée noirâtre.
On pouvait le voir derrière sa fenêtre, arriver lentement, lever les bras avec peine afin de faire pivoter la poignée, et tirer d'un coup douloureux les deux battants vers lui...
Plusieurs fois, s'il faisait chaud et que je jouais du violon la fenêtre ouverte, je le voyais s'installer près de la sienne. Mais dès qu'il sentait que je l'avais vu, il refermait délicatement les vitres ou faisait mine de partir, et dès que je tournais le dos, je le voyais regagner doucement sa chaise et rouvrir un peu la fenêtre.
Ce vieil homme était pour moi une aide considérable. C'est con à dire, mais voir tous les matins un bonhomme qui répète les mêmes gestes avec la même tranquilité et la même application, ça m'aidait à partir pour ma journée. Il faisait contraste avec tout : avec mes nuits, qui sont trop courtes; avec Paris, qui court; avec la tour Eiffel, qui se tient droite; avec mes chaussures à moi, que je laisse se salir tranquilement; avec la vie quotidienne, qui est âpre... ses mouvements étaient la douceur, la rotondité, l'achèvement de quelque chose, mais quoi?, et un peu la souffrance, aussi.
Et quand j'ai vu la fumée sortir de sa fenêtre, que je voyais grande ouverte pour la première fois, mon coeur s'est serré.
Quand, au bout d'une semaine, j'ai constaté que les ouvriers enlevaient tout de l'appartement et refaisaient tout, j'ai eu peur.
Quand je pense à ce qu'il a pu devenir, ce bonhomme tranquille, j'ai mal.
On pouvait le voir derrière sa fenêtre, arriver lentement, lever les bras avec peine afin de faire pivoter la poignée, et tirer d'un coup douloureux les deux battants vers lui...
Plusieurs fois, s'il faisait chaud et que je jouais du violon la fenêtre ouverte, je le voyais s'installer près de la sienne. Mais dès qu'il sentait que je l'avais vu, il refermait délicatement les vitres ou faisait mine de partir, et dès que je tournais le dos, je le voyais regagner doucement sa chaise et rouvrir un peu la fenêtre.
Ce vieil homme était pour moi une aide considérable. C'est con à dire, mais voir tous les matins un bonhomme qui répète les mêmes gestes avec la même tranquilité et la même application, ça m'aidait à partir pour ma journée. Il faisait contraste avec tout : avec mes nuits, qui sont trop courtes; avec Paris, qui court; avec la tour Eiffel, qui se tient droite; avec mes chaussures à moi, que je laisse se salir tranquilement; avec la vie quotidienne, qui est âpre... ses mouvements étaient la douceur, la rotondité, l'achèvement de quelque chose, mais quoi?, et un peu la souffrance, aussi.
Et quand j'ai vu la fumée sortir de sa fenêtre, que je voyais grande ouverte pour la première fois, mon coeur s'est serré.
Quand, au bout d'une semaine, j'ai constaté que les ouvriers enlevaient tout de l'appartement et refaisaient tout, j'ai eu peur.
Quand je pense à ce qu'il a pu devenir, ce bonhomme tranquille, j'ai mal.
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