La prison blanche
Aujourd'hui, je devais aller voir une amie, qui est à l'hôpital Necker en hématologie depuis 7 mois.
Je ne mange pas beaucoup, juste une carotte et un bout de concombre avant de partir. Je monte dans le bus, qui ne redémarre pas. Le chauffeur se lève et annonce à tout le monde qu'il s'arrête ici puisque la manifestation (gaypride) bloque une bonne partie de la route.
J'irai à pieds, tant pis. Je suis en retard, c'est naze, elle va m'attendre et j'aime pas ça. Merde merde merde pourquoi j'ai pas pris le métro! Pendant que je me maudis, j'entends une musique que je n'écoute pas, tout droit sortie de mes écouteurs. J'éteins mon appareil quand commencent à me parvenir les rythmes confus de la manifestation, à Duroc. Je n'écoute pas je ne regarde pas je trace tout droit, je me dépêche. Quand j'arriverai, je lui parlerai des couleurs, des déguisements, des musiques, de la grande fête qui a lieu au pied de sa chambre, mais qu'elle ne peut pas voir. Viiite j'aime pas être en retard! J'arrive là-bas, demande la confirmation de son service à l'accueil, je marche longuement et finalement me voilà dans le bâtiment. Je vais au service correspondant, demande le numéro de chambre. "Ah, elle n'est pas là ~ argh PARDON répète-moi ça??? ~ Elle est à Cochin." Devant ma perplexité, l'infirmière m'explique que "suite à des complications, elle passe le week end dans un autre hôpital pour faire des examens, mais que si je connais les parents, je peux les appeller pour plus de précisions". Sitôt dehors je rallume mon téléphone. Je tombe sur sa mère, qui est adorable et me dit avec humour "qu'ils ont peine à la suivre, avec tout ces transferts"... Rien de grave, elle est très faible mais pas d'aggravation majeure, les examens se sont bien passés et elle rentre à Necker lundi. Je lui téléphonerai pour savoir si je peux passer la voir.
J'avais tout bien préparé, de quoi j'allais lui parler, ce que j'allais raconter, les détails de l'échéance, les blagues des uns et des autres, les prochaines visites...
La première fois que je suis allée la voir, elle avait une pleurésie, le seul problème majeur qu'il restait à neutraliser était sa toux très grasse. Pour la réconforter et lui faire oublier la médiocrité de la qualité des repas, je lui ai apporté des bonbecs. Depuis, on a découvert une tumeur au poumon, je suis allée la voir alors qu'elle était en aplasie et j'en garde un souvenir douloureux. Les messages vocaux pour son anniversaire, les vidéos des échéances, des petits mots la voix tremblante, les veillées de prières à Necker... une autre visite un matin où son père m'avait appellé en me disant "aujourd'hui, elle a droit à une visite supplémentaire, nous avons pensé à toi...". Je venais de me lever, j'y suis allée le plus vite possible, sans m'y être préparée, c'était dur aussi. La dernière remonte à 2 ou 3 semaines, je ne sais plus.
La dernière fois, ses amis du collège l'ont visité à 4. Florentins, si vous voulez aller la voir, c'est le moment où jamais. Je propose une visite lundi en début d'après-midi, à confirmer en fonction de son retour dans sa chambre. Avec Louise, nous sommes deux pour le moment.