Herbivore
C'est bien.
Aujourd'hui, un enfant ne différencie pas un chêne d'un platane, mais connaît par coeur la panoplie de combat de DragonBallZ.
Il faut la chercher pour trouver de l'herbe dans une ville, et avoir de la chance pour pouvoir y marcher pieds nus.
On ne répond plus au téléphone et on ne fixe pas de rendez-vous, on préfère discuter par ordinateurs intercallés.
Avec la place de plus en plus forte que tient l'ordinateur, on en vient à se demander s'il est utile (et, donc, important) de savoir écrire.
La peur du temps qui passe est une glace de laquelle nous serons toujours prisonniers : raison de plus pour se battre, parce qu'on sait que c'est peine perdue. Vive la silicone.
Ce n'est plus la société ni le bonheur de chacun, mais le sexe qui est le principal objet de nos préoccupations.
Le terme "malsain" n'existe plus, il a été remplacé par "glauque".
Faut-il oublier nos sources sous prétexte de suivre la marche du monde?
Comment avons-nous pu oublier l'odeur et la caresse de l'herbe sur nos pieds au point de la bannir du lieu de notre société?
La douleur de l'éloignement est-elle si mièvre qu'elle puisse être ignorée à ce point?
Une lettre difficile à lire est pourtant bien plus chaleureuse et ensoleillée qu'un message court, formel et signé par un pseudonyme.
Comment du rien sommes-nous arrivés à Paris, par peur de ce rien, du temps, de notre fébrilité et de la mort?
Comment se fait-il qu'il ait été accepté que le lieu de l'amour soit devenu lieu de marchandage?
Pourquoi la Terre paraît est-elle si glauque, parfois? Le malsain n'est acceptable que lorsqu'il est artistique.
Quand je déprime, je deviens herbivore. Je viens de manger une salade.