l'annonce
C'était un mardi. C'est toujours le mardi que ça se passe. Je déteste le mardi.
On jouait dans le jardin à Bordeaux, après l'école. On avait trouvé un nouveau jeu qui consistait en un parcours d'obstacles (osclaques, comme disait ma plus jeune soeur) à effectuer le plus rapidement possible. Les parents sortent du salon. Papa va dans son bureau, maman sort et s'assied sur le banc en bois, nous appelle. Mauvaise nouvelle.
Elle nous explique avec douceur et larmes la mort de notre grand-mère, et de sa presque-mère. Je ne réalise pas tout de suite, mais je pleure.
Le soir, après un maigre dîner, maman décide de faire une prière tous ensemble. Papa ne vient pas. Je ne voulait pas, je trouvais que ça ne servait à rien. Si ce traitre de Jésus ou Dieu ou quelque soit son nom, l'avait "appellé", c'est qu'il avait rien compris et qu'il ne voulait pas notre bonheur. Je le déteste. On va dans la chambre de l'aînée de mes deux plus jeunes soeurs.
La prière commence, tout le monde est calme. Je commençait à comprendre que je ne la reverrai jamais plus. Puis ma soeur (la "propriétaire" de la chambre) commence à rire. Choc. Je l'engueule. Elle a un fou rire. Je lui ferme la bouche, lui dit de dégager, je la traite de tous les noms. Maman pleurait et me disait que ce n'était pas sa faute, mais je la détestais, je la détestais tellement! Elle osait rire alors que tout le monde était écrasé par l'évènement. Elle osait rire et ne pas sortir TOUT DE SUITE de la chambre. Elle osait rire alors que la seule femme qui aurait pu remplacer ma mère venait de mourir. Quelle cruauté, quelle méchanceté, quelle insensibilité... je la haissais. Je suis sortie de la chambre en criant, complètement déchirée. Je ne me souviens plus de ce qui s'est passé après.
C'est loin, tout ça... mais je n'ai rien oublié, et je ne lui ai pas pardonné. C'est pas possible.