Chez Braem

Publié le par Marionette

Il y a un truc que je ne supporte pas et que je ne tolèrerai jamais, c'est qu'on casse un instrument. D'ailleurs, je déteste Morris parce qu'il a dessiné Joe écrasant une guitare sur la tête d'Avrell, dans Tortillas pour les Dalton. J'ai aussi une amertume pour un Charlot, dans lequel une contrebasse est écrasée sur quelqu'un ~ et non pas quelqu'un écrasé par une contrebasse je vous prie ~. Depuis que je suis toute petite, j'ai un très grand respect pour les instruments. La première fois que je suis entrée chez un luthier, je devais avoir 7 ans. Et j'en ai retenu un très beau et grand souvenir. Des instruments en piteux état prêts à se faire réparer, d'autres tout neufs, d'autres dont on sent qu'ils ont vécu et sonné ~ mes préférés ~, des quart ~ pour les instruments à cordes, leur taille varie entre quart, demi, trois-quart et entier, après y'a les sur-mesure pour les chanceux ou les géants ~ qui sont vraiment super petits et trognons, mais qui sortent un espèce de son en plastique super moche. Il y a aussi des guitares, des altos, des archets de toutes tailles et de toutes formes, des violes de gambe, violoncelles et des contrebasses, majestueuses et bien arrondies et plein d'autres instruments encore. C'est un endroit merveilleux, un de mes endroits préférés de Bordeaux. Une boutique minuscule mais le meilleur maître luthier.
Braem a même eu un Stradivarius à réparer un jour. Un copain de ma soeur aînée qui y faisait son stage de 3° ~ à ce qu'il paraît excellent violoniste ~, a pu l'essayer. Quel hasard extraordinaire... Il ne reste que 7 instruments faits par ce génie sur toute la surface du globe, et il y en avait un dans cette boutique à ce moment là. moi je dis... respect. Et puis ces instruments sont d'une valeur (pas seulement financière mais surtout artistique) absolument pharamineuse.

J'ai cassé mon premier violon. C'était un Mircourt, un demi. Des violons à moitié industriels mais d'une sonorité étonnante. Je l'aimais beaucoup.
C'était la période pendant laquelle j'avais des points de suture sous le pied gauche et je devais donc marcher à cloche-patte, ma mère ayant refusé que je prenne des béquilles. J'étais en train de faire mes exercices quand j'ai voulu lui dire un truc, je ne sais plus quoi. J'ai hurlé pour éviter d'avoir à me bouger les fesses, mais comme elle entendait rien j'ai du y aller. Me demandez pas pourquoi j'avais gardé mon violon à la main. Je me suis pris mon pied dans le tapis, et tombant vers l'avant les bras devant... je l'ai fracassé par terre. J'en ai pleuré, pleuré, sans arrêt pendant un bon moment. Les parents me disaient "Ecoute, ça coûte cher mais n'en fais pas une histoire comme ça, c'est à nous de ne pas être contents. Et puis ce n'est qu'un violon, ce n'est pas si grave. T'inquiète pas on va l'emmener chez Braem..." Ils ont rien compris sur le moment. Moi j'ai vu la tête du biniou et je savais très bien que même s'il était magicien, ce Braem, il aurait beaucoup de mal. Et même réparé ce ne serait plus du tout la même chose, il n'aurait plus le même son. Je me souviens du chevalet pété en deux, de l'âme sur le carrelage, de la jonction cassée entre la touche et le violon, des cordes détendues... il n'a rien pu faire.

Ce qui m'impressionne quand je regarde un violon, c'est le vernis usé, la touche en ébène bien noire, le blanc de la colophane entre les ouïes, les accoups qu'il a subi, le son, vieux et timbré, doux, carressant, vibrant presque tout seul, majestueux, son odeur, sa façon d'être lisse ou légèrement bosselé, la façon dont il brille après l'avoir frotté, les couleurs qu'il réunit... Je m'en fous de la forme des chevilles, de la crosse en forme de je ne sais pas quoi, de la mentonnière de telle ou telle forme. C'est un plus, mais ça ne m'intéresse pas.
Casser un violon, c'est briser le travail minutieux, long et épuisant d'un artiste maître. On ne se rend pas compte ce que c'est, sauf ceux qui ont déjà vu un luthier travailler.

Mon seul regret et de ne pas lui avoir fait confiance, lorsque j'ai acheté mon dernier violon, mon entier. Il m'a dit, après que j'aie choisi un archet "Mais pour le violon, t'as vu que le son est meilleur dans les graves que dans les aigus ~ c'est pour le son dans les graves que je l'ai choisi ! Un bonheur ce timbre... ~. Si tu veux je peux le retravailler un peu pour les améliorer." J'ai eu peur qu'il modifie les graves, ce qui était d'une bêtise hallucinante de ma part, alors j'ai dit "Non il est parfait comme ça, je l'adore merci beaucoup". Il a du être déçu aussi, j'ai été bête.
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T
Ah oui, et je voulais faire une autre précision : Lucky Luke, et donc les daltons, c'est Morris, et pas Hergé! ne déteste pas le pauvre Hergé, il n'y est pour rien!
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M
Miiiiiiiiiiiiiince quelle bourde ! Je corrige illico. (Décidemment) merci.
T
Et bien, juste le jour où je décide de visiter les liens de ma Barbabulle, je tombe sur cet article! C'est fou.<br /> Parceque je suis flûtiste. Et parcequ'en qu'en plus j'ai fait tomber ma flûte (traversière) avant-hier... je suis catastrophée, déprimée.<br /> Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Quand j'étais élève j'avais participé avec l'orchestre de mon conservatoire au spectacle d'Howard Butten, le clown "Buffo". Superbe spectacle, mais à un moment il fait littéralement exploser un violon. Tout l'orchestre a été en état de choc, c'était vraiment traumatisant.<br />  <br /> Je voulais aussi te dire, à la lecture de tes commentaires, de ne pas généraliser. J'ai appris la flûte en conservatoire avec un prof extraordinaire qui m'a parfaitement appris mon instrument, mais qui a surtout éveillé en moi une forte passion pour la musique. Tous les profs de conservatoire ne sont pas des bourreaux ne prenant pas en compte l'élève et ne cherchant que leur réussite personnel.<br /> Je suis aujourd'hui moi-même professeur en conservatoire, et je ne pense pas non plus être tyrannique. J'aime mes élèves et je veux leur apporter quelque chose pour leur vie future. Mais c'est tellement compliqué... On ne doit pas simplement être à l'écoute de leurs désirs, sinon la plupart ne travaillerait jamais et ne découvrirat pas le plaisir. Il faut savoir les faire travailler, ils en sont reconnaissants plus tard. Et tu dis toi-même que tu remercies tes parents de t'avoir poussée parfois, c'est donc que pour se faire plaisir en musique il faut inévitablement passer par des phases difficiles de travail régulier et minutieux. En tant que musicienne tu le sais bien.<br /> Ne simplifie pas les choses!<br /> mais bravo pour cet article et ton blog qui a l'air très chouette.<br /> Isa qui a senti son instinct de flûtiste se réveiller (merci!)
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M
Tu as tout à fait raison, j'ai généralisé alors que j'aurais pas dû... sorry. En plus je ne le voulais pas, ça s'est fait à mon insu (grr les mots peuvent être traîtres). Et c'est vrai qu'il faut pousser à travailler. Ce qui m'a manqué surtout, c'est de jouer seule devant du public. J'ai jamais vraiment eu l'occasion d'affronter ma peur et c'est presque maladif maintenant. Et puis ça aurait été le meilleur moyen de me faire travailler comme une acharnée sans que jamais je ne m'en plaigne!!!Merci pour tes compliments. Si tu veux en lire d'autres, jette un oeil aux autres articles de la catégorie... Bises à bientôt
B
Ce que j'aimerais être douée pour la musique, laisser mes doigts courir sur un clavier pour en sortir les plus beaux sons ...Quelle belle passion Marion dans tes mots, à ton image, go on !
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M
Si on n'avait pas collé un violon dans le cou de Mozart, il n'aurait jamais été musicien... tu ne crois pas ?On peut toujours essayer. Mais on ne peut pas être sur tous les fronts. C'est frustrant. Quand on fait 3000 trucs on aimerait en faire 3001, je suis comme ça depuis toute petite, comme beaucoup d'autres gens je pense!
L
Je suis certaine que ça en vaut la peine... En fait, môa, je voulais faire du piano, mais il n'y avait plus de place au conservatoire, alors il y a eu rabattage sur l'alto... Mon prof était un gros naze et il m'a tout bonnement dégoûtée...Est-ce que tu as vu "De battre mon coeur s'est arrêté" ???
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M
C'est trop bête. J'ai eu la chance d'apprendre dans une école de musique et pas dans un conservatoire, avec un prof italien génial.Je connais plein de gens très talentueux, dégoûtés pas les profs de là-bas, qui ont arrêté ou se sont rabattu sur la petite école. Ceux qui étaient dans ce cas arrivaient la tête haute, sûrs d'eux, jouant juste, très proprement et avec un vibrato impeccable. En deux semaines, ils comprenaient qu'ici, le niveau était (est toujours) supérieur à celui des conservatoires, parce que les profs ne s'acharnent pas sur les élèves mais les poussent. C'est testé et prouvé. Pour l'anecdote, il y a une perle rare dans cette école depuis l'an dernier. Elle a huit ans, elle est la meilleure violoncelliste de l'orchestre "des grands", elle m'arrive à la taille et il ne faut surtout pas qu'un conservatoire lui mette la main dessus. Sinon ils vont la dégoûter en la pressant comme un citron. Elle joue très très bien, avec un violoncelle minuscule qu'on n'entend pas beaucoup. Cette fille n'ira loin que si on la laisse grandir avec son violoncelle (et pas sous son violoncelle). J'espère... en tous cas ,elle a assez de couilles pour y arriver, j'ai confiance.Tu devrais réessayer, avec un musicien qui n'est pas diplomé prof en conservatoire ni tout le tintouin. Avec un bon musicien qui a envie d'apprendre aux autres, et qui a assez de technique pour ça. C'est pas très difficile à trouver. Choisis bien ton instrument et re-tente le coup, tu ne crois pas? En plus dégoûter quelqu'un de l'alto alors qu'il y a si peu d'altistes, il devait vraiment être fort le gars. D'habitude on les soigne... lolJe n'ai pas vu le film, j'ai juste eu des échos. On m'a dit que Romain Duris jouait grossièrement et brutalement (et je ne l'aime pas beaucoup en plus) mais je devrais peut etre le voir... je ne sais pas trop... je ne suis pas très chaude en tous cas pour le moment. Peut-être que tu pourrais me faire changer d'avis, j'en sais rien.
L
Mais c'est que c'est une artiste grave la Marionette... c'est halluciant le nombre de choses que tu fais dans la vie !! Je n'en reviens pas. FORMIDOUBLE... J'ai fait un an d'alto, mais rapidement mes parents en ont eu assez de m'entendre scier du bois... et moi aussi...
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M
Que de compliments, merci laflote.Je voue une admiration sans borne à mes parents qui m'ont mis des coups de pieds aux fesses pendant 4 ans : le temps d'apprendre à faire des sons corrects, d'entrer dans un orchestre = commencer à prendre du plaisir à jouer => m'amuser et m'exprimer. Et pourtant c'est quelque chose, un violoniste débutant.Ca valait la peine, et largement.