voyeurisme
Demain, un récit de mon super week-end. En attendant :
Encore une vieille casserole, revenue à la surface de ma mémoire récemment.
J'étais chez mon parrain adoré, dans notre chère forêt des Landes. Il m'avait installée dans la grande maison du bas, où était également logé Nono. Qui est Nono ? Un rescapé de la guerre du Tchad, apellé "la mort silencieuse" par ses compagnons ~ Un poignard sur chaque avant bras, en un geste souple et rapide il tuait quelqu'un dans la plus grande discrétion, exactitude et rapidité. Il était aussi un espion de qualité. ~. Il sait tout faire. C'est simple, il sait tout faire. Seulement voilà, il est en galère alors mon parrain le nourrit et le loge en échange de petits boulots le temps qu'il trouve mieux.
La salle de bain est au 1er, tout le reste est au RDC, et pour aller à l'ancienne chambre de mon oncle, il faut passer par l'extérieur. Un soir, je vais me doucher. Je passe par la cuisine où on échange quelques phrases avec Nono ~ Certains soirs, la discussion a duré 1 ou 2 heures, il raconte des choses hallucinantes. C'est quelqu'un qui a eu une vie dure et bien remplie. ~ et je monte. Il n'y a qu'une baignoire, qui fait office de douche. Au moment de me savonner, j'entends l'escalier craquer. Ca doit être le chien ou une bestiole quelquonque. Je ré-entends craquer presque tout de suite après. Je jette un oeil au verrou, bien fermé. Je m'assieds dans la baignoire. J'aperçois une silhouette très rapide qui passe devant la porte de la salle de bain, dont les carreaux sont en verre (pas poli, comment dit-on?). C'est lui. Je déduis au passage furtif de sa tête derrière le carreau du bas à gauche qu'il s'est assis juste derrière la porte, le reste de son corps certainement planqué dans le renfoncement. L'enfoiré... Il y a une chose que je n'accepterai pas, c'est qu'il voie le moindre atome de ma peau ne serait-ce qu'au dessus de mon genou. Chose réussie, grace à une souplesse légendaire et une ruse implacable. J'ai réussi à me sécher et à m'habiller sans qu'il ne puisse rien voir.
Il fait nuit. Je dois sortir sur le palier, descendre l'escalier, aller dehors pour reprendre un autre escalier. La trouille. La vraie trouille. Est-ce qu'il est là à gauche? Je ne regarde même pas, je trace. Et s'il surgissait de l'ombre ? Et s'il me violait ? Et s'il me tuait ? Je ne pouvais pas savoir ce qu'il se passait dans un cerveau comme le sien. Je suis remontée, j'ai fondu en larmes dans ma chambre, et je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Le lendemain, j'avais juste passé une mauvaise nuit, je n'ai rien dit à personne. Après tout, il n'a ~ je pense et j'espère ~ rien vu, et ne m'a pas touché.
Selon le petit Robert, Subir : Etre l'objet sur lequel s'exerce une action, un pouvoir que l'on a pas voulu.
Etre totalement vulnérable, sans défense, apeurée, violentée... on a honte. Surtout lorsque c'est rendu public.
(L'exorcisation d'un sentiment comme celui-là se fait par l'échange de parole, et on ne devrait pas pouvoir la refuser.)