lettre à l'absente

Publié le par extraits de marion

Nanette,

Depuis combien de temps êtes-vous partie? Je ne sais plus, pardonnez-le moi je vous en prie. Je sais juste que vous me manquez.

J'ai beaucoup souffert, puis tout s'est doucement apaisé. J'étais révoltée contre celui qui vous a laissé partir ce jour-là. J'aurais tué celui qui vous a vu. Je l'ai traité d'assassin alors que c'est peut-être quelqu'un qui a pleuré dans les bras de sa femme le soir en pensant à moi, à notre famille. Et tous ces adultes qui ne comprenaient rien et disaient que vous n'aviez pas souffert... Je pleurais aussi pour ceux-là, qui se voilaient les yeux et l'esprit sans imaginer un seul instant que votre dernière pensée ait été pour eux. Et quelle pensée...

Vous revoir au coin de la cheminée, faisant griller des marrons, nous accorder un chocolat, de ceux posés sur le petit rebord, réentendre la berceuse "pe...tit homme, c'est l'heure... de faire...dodo..." dans vos bras, pleurer de rire sur les âneries de Marie, un rire qui jaillit d'une bouche aux "dents du bonheur"... Vous revoir au milieu des rangs à mes premiers concerts, ou cousant vos gigantesques et magnifiques patchworks.

La fibre artistique qui me fait vibrer vient de vous, me dit mon père. Il paraît que vous auriez été tellement fière de moi... J'aurais voulu vous raconter mes progrès en violon, mes tournées, mes entraînements de poney, mes débuts au théâtre, mon premier amour et les autres, vous demander de m'apprendre le patois pour insulter mes camarades, vous demander de me raconter toutes vos bêtises une par une pour fournir mon inspiration...

Je vous voyais partout, à Bordeaux, au Marquenterre, en Bretagne... Partout où j'allais, vous étiez cette femme qui sort du café, celle-ci devant le cinéma, cette autre à la librairie, celle-là au troisième rang dans l'église. Alors je courrais vers cette femme de toutes mes forces les yeux en larmes, et me postais devant elle pour constater que ce n'était pas vos yeux, ni votre visage.

Pas le temps, trop tard, terminé, dégagez la piste, en retard, course contre le temps, débordée, pas une minute à moi, ça revient au même. Ce putain de temps imbattable, imperturbable, qui finit par tous nous engloutir à la seconde où il lui en prend le loisir.

Pourquoi avez-vous écrit cette lettre? Pourquoi ne l'ai-je pas trouvée la première et brûlée en me disant que c'était une erreur, que vous n'auriez jamais fait ça? Pourquoi les avez-vous ignorées, comme si ces femmes n'étaient pas vos filles, comme si elles n'étaient jamais sorties de vous, n'avaient pas grandi sous vos yeux, comme si tout l'amour que vous pouviez donner à une fille avait été engloutit par les eaux en même temps que Caroline. Revenez pour aimer vos filles au lieu de vous protéger. Revenez pour me dire que c'est le diable en personne qui vous a pris la main de force à ce moment, que vous avez lutté, que vous avez failli en mourir, que vous vouliez la déchirer après l'avoir noircie de votre encre. Revenez pour me dire que les larmes qui creusent les joues de ces femmes sont légitimes, que c'est moi qui fais erreur, que ce n'est pas à moi de les prendre dans mes bras quand elles flanchent, parce que je ne peux pas le faire. Elles portent un amour infini dilué dans la haine et le sang trop lourd pour leurs épaules, revenez pour le recevoir, quitte à en être éclaboussée, il suffirait que ça explose enfin. Revenez, bravez les lois de la nature et de la vie pour réparer ce que vous avez fait, pour serrer vos filles dans vos bras froids et sentir leur coeur qui peine à battre.

Votre musicienne.

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Publié dans extraits de ma tête

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M
Marion,<br /> <br /> Je ne comprends pas tout de cette lettre ... enfin, si, beaucoup, pas tout, peut-être que ce qui m'échappe n'est que détail ...<br /> <br /> Tu as le coeur taraudé ...<br /> <br /> Ca je l'avais déjà compris à la lecture de tes articles ...<br /> Tu es très talentueuse, ce n'est pas rare le talent .... chez les personnes qui ont vraiment quelque chose à dire, enfin quelque chose dans le ventre ... !<br /> <br /> Bâtons surs, bonbon Napoleon acidulé, sucre d'orge, réglisse, violettes, nounours en gomme, souris noires, poudre citrique, cuberdons ... sachet au fond de la poche de mon duffel coat ... froid aux mains, au visage ... le vent est glacial ... et ... un peu de douceur ...<br /> <br /> Bonne soirée.<br /> <br /> Marie.<br /> <br /> <br />
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E
Je pense que ce que tu n'as pas compris n'est en effet que détail...<br /> Merci.