moment de violonade
Ce matin, j'ai un peu joué de violon. Je ne suis absolument pas satisfaite de ce qui sort des ouïes, ni du crissement de l'archet sur les cordes, devenu incongru, ni de ma main gauche déshabituée et mal maîtrisée, ni de mon vibrato crispé, ni de mes bras fatigués. Voilà. Je n'aurais pas dû oublier d'en jouer. Mais je vois le grand père de l'immeuble d'en face, qui comme tous les matins, ouvre sa fenêtre ~ avec difficulté et certainement dans une grande douleur ~, écarte les volets... mais il ne referme pas la fenêtre. Il s'en va et revient à sa fenêtre avec une chaise, et s'assied. Nos regards se sont croisés, il a détourné la tête et fait mine de partir, mais revient. J'ai donc joué pour lui ce matin. Le concerto de Bach ne ressemblait plus à rien, ou en tous cas pas à ce qu'il devrait être. La danse hongroise de Brahms souffrait un archet trop lourd et des intervalles aproximatifs... Mais lui, en face, mal assis et mal à l'aise, est tout de même resté. Il m'a fait penser à Nanette, qui voulait toujours que je joue, même quand c'était moche et pas travaillé. Alors je prenais ce que je connaissais de mieux parmis mes plus beaux morceaux, quitte à devoir jouer par coeur, pour ne pas la décevoir, et je jouais, et je jouais. Ce n'était pas pour moi, mais pour elle. Et quand je suis rentrée à la maison le week end dernier, je me suis mise au piano presque tout de suite, devant une valse de Chopin. Maman est sortie de son bureau et m'a dit "Tu sais ce qui me manque énormément depuis que tu es partie? C'est de ne plus entendre de violon." Moi qui étais vexée comme un poux quand quelqu'un fermait la porte alors que je travaillais, qui devais arrêter de jouer pour ne pas gêner les autres dans leur travail, je pensais réellement que ça faisait chier tout le monde. En tous cas, pas ma mère... ça fait drôle.
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