Samedi 30 septembre 2006

C'est ce qui vient après ça(1), ça(2) et ça(3).
L'histoire entière est ICI.


- "Bonjour, mademoiselle. Quel est votre nom?
Juliette entrouvrit difficilement la moitié droite de son oeil gauche, la referma, et dans un effort ouvrit grand les deux yeux. Elle frôla la crise cardiaque quand elle vit le visage de l'infirmière si près du sien.
- Qu'est-ce que je fais là?
- Vous avez sans doute eu une petite insolation, on vous a amenée ici sans connaissances. Vous savez, il faut manger des fruits, c'est important... enfin. Quel est votre nom? La personne qui vous a amenée n'a rien dit, il tenait absolument à vous déposer lui-même sur votre lit... il a l'air très amoureux. Elle venait de lui faire un énorme clin d'oeil.
     L'infirmière venait de débiter tout cela sans vraiment la regarder. Elle portait une blouse boutonnée jusqu'en haut du cou, des lunettes et avait les cheveux tirés dans une queue-de-cheval. On pouvait voir en regardant le bas de sa blouse, qu'elle portait un pantalon écossais et des tongs rouges. Juliette mit un instant à réaliser ce qu'il était en train de se passer, puis constata qu'elle n'avait jamais eu d'insolation de sa vie, et ne trouvait pas ce qu'il avait réellement pu lui arriver.
- Juliette Barrau... il était comment?
- Je ne sais pas, ce n'est pas moi qui l'ai accueilli, et l'infirmière qui a conduit l'homme ici est rentrée chez elle, elle ne se sentait pas bien. Vous savez, pour les internes, ce n'est pas toujours facile...
- Je vois. Quand est-ce que je pourrai sortir?
- Dès cet après-midi, si tout va bien.
- D'accord merci.

     Dès qu'elle fût en dehors des murs blanc, elle courrut jusque chez Quentin, entra dans l'immeuble, monta les trois étages à toute vitesse, et sonna. Personne. Recommença. Personne. Elle était certaine qu'il était là. Elle l'appella plusieurs fois, criant de derrière la porte et attirant tout le voisinage sur le palier. Finalement, elle entendit remuer dans l'appartement. La porte s'ouvrit lentement et maladroitement. Elle ne vit personne, jusqu'à ce qu'elle baisse les yeux. Quentin, qui était à quatre pattes, et s'effondra sur le sol, inanimé. Elle le traîna tant bien que mal sur le divan, où elle l'installa confortablement sous des couvertures, avec une compresse froide sur le front. Le marchand de sable passait, doucement, sur ses yeux. Juliette s'assit à côté de lui, par terre, et le regarda dormir pendant de longues minutes. Il ne se réveilla qu'à la nuit tombante.

     Il n'était pas encore éveillé qu'il sentait déjà le parfum de Juliette mêlé à l'odeur de sa peau, le divan qui s'enfonçait un peu sur le côté, et une main douce carressant ses cheveux. Il prit le temps de savourer ce moment avant d'ouvrir les yeux et de voir Juliette, à moitié somnolente et le visage pâle, le regard dans le vide. C'est quand elle sentit le corps de Quentin frémir qu'elle tourna aussitôt les yeux et laissa une expression de soulagement regagner ses traits, qui se détendirent. Dans un soupir, elle étendit ses jambes qui n'avaient pas eu cette chance depuis son arrivée, puisqu'elle n'avait plus voulu bouger de peur de le réveiller. Il demanda :
- Le chat?
- Oui, moi aussi... je suis allée à l'hôpital, ça va. Il ne reviendra plus, je pense. Il va mourir.
- Merci.
     Il referma les yeux. Juliette approcha son visage et posa un baiser dans le creu de son cou, serra sa main, qu'elle tenait dans la sienne :
- J'ai eu peur.
- Je suis ... souris, je te dis, c'est fini, c'est fini.
     Pour la première fois, elle lui offrit ses larmes.

 

Par Marionette - Publié dans : Histoires trépidantes
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Jeudi 7 septembre 2006

     Il s'était couché tôt. Les catastrophes qu'il avait réussi à accumuler tout au long du jour l'avaient exténué. La télé des voisins, après l'avoir empêché de trouver son calme pendant deux longues heures, le laissa plonger dans ses rêves à minuit, quand son bouton tourna sur off. Il avait mis ce temps à profit en leur rédigeant une lettre des plus cinglantes.
     Le lendemain, le sommeil ne l'avait pas quitté quand il mit son pied sur le sol froid. Il partit en direction de la cuisine, se cogna à la porte de sa chambre, puis à celle de la cuisine. Il but son jus d'orange dans son bol et son thé dans un verre, se brûla la langue et renversa le lait du chat sur le carrelage.

     La machine à choses, une récente trouvaille, venait de trouver sa place dans sa petite cuisine. Rouge, rose et orange, elle était d'un mauvais goût étonnant. Il avait eu l'idée de la repeindre mais elle avait fermement refusé, lui balançant le pot de peinture sur le visage d'un coup de pied. Il s'était finalement habitué à ses coloris tapageurs. Positionnée au dessus du lavabo, elle s'anima sous les doigts de Quentin :
- "9 heures : visite chez le dentiste
- Meeeeerde...
- déjeuner avec monsieur le directeur général des affaires intra-fastellaires
- Ah... oui... ce sera rapide...
- Rendez-vous avec la princesse à 15 heures,
- Oh c'est un secret! Le hurle pas comme ça!!!
- Roh, ça va... Téléphoner à la connasse de l'autobus, à la fiancée casse-c...
- Chut! On ne parle pas comme ça des femmes, même quand c'est vrai
- Oui chef... à la future belledoche...
- AH NON HEIN !!!! Pas elle(s) !
- Bon, je peux finir? La future belle doche attendra, d'accord, mais pas les autres, téléphonner aussi à Clotilde et Marina.
- Ok. Ensuite.
- Dîner : tout seul comme un...
Quentin regarde la machine et la fusille du regard. Elle prend feu et tombe de l'étagère en pièces détachées carbonisées.
- Saloperie va."


                                                        *****


     Il partit en direction de sa chambre pour s'habiller en fonction du rendez-vous avec sa princesse, ce qui nécessitait du temps et beaucoup de patience. En retirant son pyjama, il en arracha un bouton et mis son sous-pull à l'envers, corrigea. Sans réfléchir, il enfila ses vêtements un par un. Alors qu'il nouait son lacet, son regard atterrit brutalement sur un coquillage poussiéreux qui avait roulé sous son lit. Il ne put alors faire abstraction des flashes qui fusèrent devant ses yeux et crevèrent la douceur du souvenir comme des boulets de canon. Il ne voyait rien distinctement, ni visage ni paysage. Il ressentait des émotions dont il ne pouvait pas trouver l'origine, des odeurs dont il avait perdu la source, des noeuds dans le ventre dont il ne comprenait pas la signification ni la raison. Il s'assit par terre et pleura.
     Quand son corps ne fût plus qu'une peau desséchée, il consentit à se faire lécher le bout des doigts par le chat, qui n'avait pas l'air très en forme non plus et avait une drôle d'odeur, puis se plongea la tête dans l'eau. Il releva la tête jusqu'au miroir. Décidément, il ne comprenait pas. Ces sourcils ne sont pas les siens. Le bleu de ces yeux n'est pas sien. Il a dû les voler à quelqu'un pendant son trop long sommeil, à son insu... rien de grave en somme.
     Le chat entr-ouvre la porte de la salle de bains qui n'était pas fermée, s'approche de Quentin allongé parterre, se frotte chaleureusement contre lui et s'en va tranquillement, comme il était venu. Il monte sur le vasistas, jette un coup d'oeil autour de lui, et s'en va par les toits.



                                                        *****


     Maligne, elle avait pensé à laisser la fenêtre ouverte. Son intuition ne la trompait que rarement, et elle vit sans grande surprise le chat arriver par la fenêtre de la cuisine. Son pas était étrange, et il avait mauvaise mine. Elle ne le toucha pas, se demandant ce qu'il avait pu attrapper comme maladie, encore, lui donna du lait et le repoussa dehors. Il puait. Tandis qu'elle fouillait son armoire à la recherche de la petite robe qui rappellerait le vert de ses yeux - ce vert même qui avait envoûté, quelques années auparavant, un jeune marin qu'elle avait rendu malade d'amour, et ne s'en était jamais remis -, elle pensait à ce qu'elle pourrait bien lui raconter.
     Le corps de Quentin, digne de ceux des statues grecques, et la douceur de son regard lui vidaient la tête, et chaque rendez-vous était pour elle une torture, tellement il lui était douloureux de ne pouvoir être simple devant lui. Elle rentrait systématiquement chez elle en larmes, de n'avoir pas su lui poser les questions toutes bêtes qui la taraudaient. Tous les sujets de discussion qu'elle aurait voulu aborder avec lui replongeaient dans l'abîme de son cerveau dès l'instant qu'il posait son regard sur elle. Elle en était malade.
     Juliette laissa tomber son miroir par terre, il se brisa en cinq morceaux. Non, elle ne se regardera pas avant de partir. Elle se parfuma et prit soin de fermer portes et fenêtres avant de quitter son appartement. Sur le chemin, elle repensait à ce marin au long manteau sombre qui lui avait demandé une dernière faveur, et qu'elle avait refusée. Il voulait la porter dans ses bras. Simplement te soulever de terre, pour m'imaginer que je suis ton prince, même si ce n'est pas le cas, avait-il dit. Il s'entendait bien avec son petit chat, ils pouvaient jouer ensemble pendant des heures... Elle en avait parlé à Quentin, un jour, qui avait été vexé d'entendre parler d'un autre homme, et s'était tue. Mais pourquoi repensait-elle à lui? L'image de la proue du bateau lui appararût, et elle réalisa que ce dernier, Le Karouba, faisait escale ici quelques jours avant de traverser l'Atlantique. Elle l'avait entendu à la radio, le matin-même.
     Sa tête se vida soudainement. Elle jetta un regard à sa montre. Oublia ce qu'elle vennait d'y lire et recommença. Avait déjà oublié, recommença à nouveau.
     A l'heure, elle est à l'heure.
     Elle court quand même. Il faut qu'elle regarde où elle est, qu'elle ait le temps de prendre ses marques avant qu'il arrive, qu'elle puisse se repérer, qu'elle sache quel est le lieu qui abritera leur rencontre. Elle est très en avance. L'heure vient, mais pas lui. Elle s'assied, et commence à rêvasser, les yeux dans le vague.

     Tout à coup, un hurlement strident retentit sur la petit place, faisant se retourner tous les grand-pères assis dominicalement en terrasse des petits restaurants. Quelque chose a frôlé sa jambe. Le coeur battant et des sueurs froides coulant dans son dos, elle essaye de comprendre ce qu'il vient de se passer. Oui, c'est ça, quelque chose, un frôlement. Une odeur. Elle regarde autour d'elle et aperçoit le chat décamper vers une tâche d'ombre qui se glisse furtivement derrière le coin de rue. Elle s'évanouit.
     Le chat revient sur ses pas, s'approche de Juliette, allongée parterre, se frotte contre elle une dernière fois et s'en va tranquillement, comme il était venu. Il monte sur un banc public, jette un coup d'oeil autour de lui et s'en va par les trottoirs.


                                                        *****



- "Bonjour, mademoiselle. Quel est votre nom?
Juliette entrouvrit difficilement la moitié droite de son oeil gauche, la referma, et dans un effort ouvrit grand les deux yeux. Elle frôla la crise cardiaque quand elle vit le visage de l'infirmière si près du sien.
- Qu'est-ce que je fais là?
- Vous avez sans doute eu une petite insolation, on vous a amenée ici sans connaissances. Vous savez, il faut manger des fruits, c'est important... enfin. Quel est votre nom? La personne qui vous a amenée n'a rien dit, il tenait absolument à vous déposer lui-même sur votre lit... il a l'air très amoureux.
     L'infirmière venait de débiter tout cela sans vraiment la regarder, mise à part la dernière phrase, qu'elle ponctua d'un clin d'oeil on ne peut plus discret. Elle portait une blouse boutonnée jusqu'en haut du cou, des lunettes et avait les cheveux tirés dans une queue-de-cheval maigrichonne. On pouvait voir, en regardant le bas de sa blouse, qu'elle portait un pantalon écossais et des tongues rouges. Juliette mit un instant à réaliser ce qu'il était en train de se passer, puis constata qu'elle n'avait jamais eu d'insolation de sa vie, et ne trouvait pas ce qu'il avait réellement pu lui arriver.
- Juliette Barrau... il était comment?
- Je ne sais pas trop, ce n'est pas moi qui l'ai accueilli, et l'infirmière qui a conduit l'homme ici est rentrée chez elle, elle ne se sentait pas bien. Vous savez, pour les internes, ce n'est pas toujours facile... elle a dû soigner un malade qui...
- Je vois. Quand est-ce que je pourrai sortir?
- Dès cet après-midi, si tout va bien.
- D'accord merci.
- Dites, vous sentez un peu le chlo...
- Merci ça va aller. Je peux rester seule.

     Dès qu'elle fût en dehors des murs blanc, elle courrut jusque chez Quentin, entra dans l'immeuble, monta les trois étages à toute vitesse, et sonna. Personne. Recommença. Personne. Elle était certaine qu'il était là. Elle l'appella plusieurs fois, criant de derrière la porte et attirant tout le voisinage sur le palier. Finalement, elle entendit remuer dans l'appartement. La porte s'ouvrit lentement et maladroitement. Elle ne vit personne, jusqu'à ce qu'elle baisse les yeux. Quentin, qui était à quatre pattes, s'effondra sur le sol, inanimé. Elle le traîna tant bien que mal sur le divan, où elle l'installa confortablement sous des couvertures, avec une compresse froide sur le front. Le marchand de sable passait, doucement, sur ses yeux. Il sentait une odeur identique à celle qui émanait d'elle. Une odeur étrange qui lui donnait mal à la tête. Elle enleva les vêtements de Quentin soigneusement, puis les siens, et les lava. Juliette se doucha rapidement, enfila une chemise blanche, bien trop grande pour elle, et un short de sport. C'est tout ce qu'elle avait trouvé à se mettre en cherchant dans les affaires de Quentin. Puis elle vint s'asseoir à côté de lui, par terre, et le regarda dormir pendant de longues minutes.
     Il n'émergea de ses rêves qu'à la nuit tombante.

     Il n'était pas encore éveillé qu'il sentait déjà le parfum de Juliette mêlé à l'odeur de sa peau, le divan qui s'enfonçait un peu sur le côté, et une main douce carressant ses cheveux. Il prit le temps de savourer ce moment avant d'ouvrir les yeux et de voir Juliette, à moitié somnolente et le visage pâle, le regard dans le vide. C'est quand elle sentit le corps de Quentin frémir qu'elle tourna aussitôt les yeux et laissa une expression de soulagement regagner ses traits, qui se détendirent. Dans un soupir, elle étendit ses jambes qui n'avaient pas eu cette chance depuis son arrivée, puisqu'elle n'avait plus voulu bouger de peur de le réveiller. Il demanda :
- Le chat?
- Oui, moi aussi... je suis allée à l'hôpital, ça va. Il ne reviendra plus, je pense. Il va mourir sans aucun doute, mais après tout, ce n'est pas important. C'est toi qui importe, et tu vas bien.
- Merci.
Après un temps, elle demanda
- C'était du chloroforme, non?
- Oui je pense...
- Tu sais... il m'a volé ce qu'il m'avait demandé comme une faveur...
     Il referma les yeux. Juliette approcha son visage et posa un baiser dans le creu de son cou, serra sa main, qu'elle tenait dans la sienne :
- Je te demande pardon.
- Tu n'y peux rien.
- J'ai eu peur.
- Je suis ... souris, je te dis, c'est fini, c'est fini.
     Pour la première fois, elle lui offrit ses larmes.



***THE END***

Par Marionette - Publié dans : Histoires trépidantes
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Mardi 13 juin 2006
C'est la suite de CA puis de CA.

   Maligne, elle avait pensé à laisser la fenêtre ouverte. Son intuition ne la trompait que rarement, et elle vit sans grande surprise le chat arriver par la fenêtre de la cuisine. Elle le caressa, lui donna du lait et le remit dehors. Il puait. Elle se parfuma et prit soin de fermer portes et fenêtres avant de partir. Elle pensait à ce qu'elle pourrait bien lui raconter.
   Le corps de Quentin, digne de ceux des statues grecques, et la douceur de son regard lui vidaient la tête, et chaque rendez-vous était pour elle une torture, tellement il lui était douloureux de ne pouvoir être simple devant lui. Elle rentrait systématiquement chez elle en larmes, de n'avoir pas su lui poser les questions toutes bêtes qui la taraudaient. Tous les sujets de discussion qu'elle aurait voulu aborder avec lui replongeaient dans l'abîme de son cerveau dès l'instant où il posait son regard sur elle. Elle en était malade.
   Juliette laissa tomber son miroir par terre, il se brisa en cinq morceaux. Non, elle ne se regardera pas avant de partir.
   A l'heure, elle est à l'heure.
   Elle court quand même. Il faut qu'elle regarde où elle est, qu'elle ait le temps de prendre ses marques avant qu'il arrive, qu'elle puisse se repérer, qu'elle sache quel est le lieu qui abritera leur rencontre. Il ne vient pas. Elle s'assied, et commence à rêvasser, les yeux dans le vague.
   Tout à coup, un hurlement strident retentit sur la petit place, faisant se retourner tous les grand-pères assis dominicalement en terrasse des petits restaurants. Quelque chose a frôlé sa jambe. Le coeur battant et des sueurs froides coulant dans son dos, elle essaye de comprendre ce qu'il vient de se passer. Oui, c'est ça, quelque chose, un frôlement. Elle regarde autour d'elle et aperçoit le chat décamper. Elle s'évanouit. Le chat revient sur ses pas, s'approche de Juliette allongée parterre, se frotte contre elle une dernière fois et s'en va tranquillement, comme il était venu. Il monte sur un banc public, jette un coup d'oeil autour de lui et s'en va par les trottoirs.


*** à suivre... ***
Par Marionette - Publié dans : Histoires trépidantes
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