Dimanche 23 octobre 2005
7
23
/10
/2005
00:00
Jean-Jacques Goldman / TV Hebdo, 3 janvier 1998 (oui, un peu vieux, et alors?)
"En passant", son nouvel album, marche très fort. Après plusieurs années de
trio, Goldman signe un album plus intime.
TV Hebdo : Le temps qui passe, sinon l'âge - vous avez eu 46 ans le 11
octobre dernier -, semble vous importer si l'on s'en tient seulement aux
paroles de "En passant".
Jean-Jacques Goldman : Bien sûr, même s'il ne s'agit pas d'une souffrance
mais d'un simple constat. Je trouverais pathétique d'arriver à la
cinquantaine en ayant l'air de ne pas m'en rendre compte. A 46 ans, on
"prend congé", sans amertume mais non sans mélancolie de sa jeunesse.
TV Hebdo : Musicalement, cet album sonne plus mélancolique, plus blues. Un
peu à la façon de certains, comme Bob Dylan que vous admirez.
Jean-Jacques Goldman : Très consciemment, j'ai toujours été influencé par
Dylan pour les chansons plus intimistes à côté de mélodies plus violentes
où les batteries et les guitares saturées sont en avant. Celles-ci
disparaissent sans doute peu à peu pour une simple raison : l'âge. Et la
partie plus sereine prend le dessus.
TV Hebdo : Céline Dion, Patricia Kaas, Florent Pagny, Khaled... Ecrire
pour tant d'artistes différents, n'est-ce pas un exercice schizophrénique ?
Jean-Jacques Goldman : C'est volontaire. A mes débuts, j'ai toujours dit
que je voulais écrire pour les autres. De 1977 à 1980, personne ne voulait
de mes chansons et je suis donc monté sur scène. Mais ce qui me plaît
surtout, c'est l'écriture.
TV Hebdo : Au coeur de l'album, il y a "Natacha", une ballade slave où vous
chantez "De mes tristesses me reste un grand manteau". Un constat
nécessaire ?
Jean-Jacques Goldman : Ce sont des références musicales que j'ai toujours
eues : "Comme toi", "Serre-moi", l'album "Rouge"... J'aime le blues noir
mais aussi le "blues slave" : musiques tsiganes, juives et russes. Comme
une espèce de sanglot, une esthétique de la tristesse.
TV Hebdo : "On interdira les tiédeurs" que vous chantez dans "On ira". Une
maxime de vie ?
Jean-Jacques Goldman : Cela ne me concerne pas forcément, car je ne suis ni
très courageux, ni très rebelle ! Mais c'est le signe d'une époque où l'on
tiédit tout. Le summum est le Prozac, comme une façon de limiter les excès
d'humeur... Les variations climatiques limitées à coup d'air conditionné
dans les appartements, les voitures, les bureaux : petit à petit, on en
vient à la tiédeur des sentiments. Dommage.
TV Hebdo : A écouter "Nos mains", on a l'impression qu'elles sont à vos
yeux chargées de bien des symboles.
Jean-Jacques Goldman : Toucher et étreindre sont des actes très intimes.
Lourds de sens. Regardez la poignée de main Arafat - Rabin.
TV Hebdo : N'avez-vous jamais été tenté par la politique ?
Jean-Jacques Goldman : Non ! Mais je crois, à ma place, ne pas être tout à
fait inutile. Je pense à une chanson comme "Aïcha" pour les Beurettes
françaises, à celle des "Restos du coeur", qui a dix ans. Et, pendant que
le Front National s'installe, ça ne me dérange pas que les gamins dansent
sur "Je te donne".
TV Hebdo : Vos enfants - qui ont de 12 à 20 ans - écoutent-ils beaucoup de
musique ?
Jean-Jacques Goldman : Beaucoup de techno. La techno est d'ailleurs une
musique intéressante et excitante, même si je n'en ferai pas. Cela dit, je
la sens plus limitée que le rock. Elle se vit et se danse dans une espèce
de happening.
TV Hebdo : Accepteriez-vous par exemple une invitation chez Michel Field ?
Jean-Jacques Goldman : J'ai toujours refusé de faire "7 sur 7", donc je
dirai encore non. Accepter de paraître dans un tel rendez-vous consiste à
outrepasser mes compétences et mon importance. Autant je me sens compétent
pour jouer de la musique, parler de chanson, de studio d'enregistrement,
autant je me sens déplacé dans tout autre exercice télévisuel. Il ne faut
pas confondre notoriété et capacité, ce que font souvent les médias.
Vos p'tits mots