J'ai horreur de faire chier les gens - amis ou pas - avec mes problèmes. Une de mes amies me disait même que ce serait une marque de confiance qu'elle recevrait si je lui disais ce qui ne va pas de temps en temps. Alors elle est partie pour un troc. Moi, ce qui va pas, c'est ça. Elle m'a livré un secret dont je ne voulais pas. En me disant quelque chose de particulièrement douloureux ou difficile à accepter pour elle, elle voulait que je fasse de même. Echange. Je te montre mon zizi tu me montres ton tutu. Je te montre ma cicatrice tu me montres ta nouvelle peluche. Je te montre ma plaie béante et ruisselante, tu me montres la tienne.
Mais j'en voulais pas de son marché à deux balles. Je voulais pas de son secret, mais elle me l'a balancé en pleine tronche quand même. Elle a fait ça à deux reprises. Je ne lui avait rien demandé, mais la deuxième fois je l'ai senti : je ne pouvais pas me taire. C'eût été lâche. C'est comme si elle me demandait d'abreuver en elle une soif de douleur extérieure.
A la fin de son récit elle m'a lancé la patate chaude : "ah tu vois, c'est pas mal hein comme problème non? Il est bien, il fait bien chier, bien mal... tout bien comme il faut. Alors tu vois tu peux me dire ce qu'il ne va pas..."
J'ai fait rapide en répondant qu'un père alcoolique et malheureux, on dirait pas comme ça mais c'est douloureux.
Je ne sais plus ce qu'elle m'a répondu. Je m'en fichais. Je m'en fiche encore. J'ai pas envie de mettre mes chagrins en écharpe ; ils m'appartiennent. J'aurais juste besoin de pouvoir embrasser ceux que j'aime sans avoir à me justifier ou à raconter mes soucis. Je n'ai pas besoin de parler, j'ai besoin de sincérité.
Vos p'tits mots