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Dimanche 10 décembre 2006
De Peter Brook, aux éditions du Seuil. C'est un essai théorique sur le théâtre, très intéressant, dans lequel il se demande pourquoi le théâtre est-il toujours à refaire, pourquoi est-ce qu'il se démode si vite, et sur quoi il faut réfléchir pour pratiquer un théâtre de notre époque ~ entre autres ~. Voilà un petit bout qui m'a tapé dans l'oeil.

     "Marchant le long du Reeperbahn à Hambourg, un après-midi de 1946, enveloppé d'une brume sinistre où disparaissaient des filles estropiées, désemparées, certaines avec des béquilles, le nez bleui, les joues creuses, je vis un groupe d'enfants s'engouffrer joyeusement dans l'entrées d'un cabaret. Je les suivis. Sur la scène, un ciel bleu vif. Deux clowns à paillettes, minables, étaient assis sur un nuage en papier mâché, allant rendre visite à la Reine du Ciel.
   - Qu'allons-nous lui demander ? Dis l'un d'eux.
   - A dîner, dit l'autre.
   Alors les enfants hurlèrent leur approbation.
   - Qu'allons-nous avoir à dîner ?
   - Du jambon, du pâté.
     Le clown commença à énumérer tous les aliments introuvables, et les cris d'excitation furent peu à peu remplacés par le calme et un profond silence. Une image devenait tangible, en réponse au besoin de tout ce dont les gens étaient privés.
      Dans la carcasse calcinée de l'Opéra de Hambourg, seule la scène subsistait. Mais le public s'y rassemblait néanmoins, tandis que, sur le plateau, les chanteurs se produisaient devant un décor mince comme une feuille de papier pour jouer le Barbier de Séville, parce qu'ils avaient décidé que rien ne les arrêteraient. Ailleurs, dans un minuscule grenier, cinquante personnes s'entassaient, tandis que, dans le peu d place qui restait, une poignée d'acteurs renommés continuaient résolument à pratiquer leur art. Dans Düsseldorf en ruine, un petit opéra d'Offenbach, qui mettait en scène des contrebandiers et des bandits, faisait la joie du public. Il n'y avait là rien à discuter, rien à analyser. En Allemagne, cet hiver-là, comme à Londres quelques années auparavant, le théâtre répondait à un besoin vital."
Par Marionette - Publié dans : textes choisis
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Commentaires

cc je viens de voir que tu propose un extrait de l'espace vide de peter brook et il se trouve que justement je dois le lire pour mardi mais malheureusement il est indisponible partout je voudrais savoir si il serait possible que tu le mette sur le net ou que que tu me fasses un petit résumé mais complet mardi = dernier devoir de l'année merci de repondre bisou
Commentaire n°1 posté par as le 08/05/2008 à 08h07
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